Non pour haïr ensemble mais pour aimer ensemble je suis née.

En attendant Antigone…

6 avril 2026

Je remercie vivement Roland Ezquerra de la lecture très attentive qu'il a faite de mon texte intitulé « Donald, Quentin, René et moi », publié dans ce blog le 9 mars 2026. C'était ma réflexion « à chaud » sur la mort à Lyon du jeune Quentin, survenu dans un contexte de manifestation violente. J'y exprimais des ressemblances mais aussi une profonde différence, ressenties entre ce jeune et le jeune homme que j'ai été, autrefois, dans la même ville. C'est dire que ces lignes marquées par la subjectivité ne prétendent pas à l'analyse définitive, encore moins exhaustive. C'est donc bien volontiers que je concède à mon commentateur que l'exercice improvisé comportait quelques lacunes, qu'il relève avec justesse. Ce qui n'y figure pas et qui manque sans doute, et demande ainsi à être complété, relève plus, de ma part, de « ce qui va sans dire » que d'un avis contraire, et je sais gré à Roland Ezquerra de l'avoir exprimé pour moi, mieux que je n'aurais su le faire.

En effet le contexte dans lequel je vis est pétri de références marxistes, c'est l'air que je respire, mon implicite quotidien. Ma femme ayant honoré deux mandats municipaux avec le groupe communiste, lorsque notre ville de 30 000 habitants était dirigée par la gauche, nous côtoyons de nombreux militants de toutes obédiences progressistes. Et pour ma part, la fréquentation des œuvres de René Girard ne saurait combler toutes mes aspirations à l'analyse. Je conserve dans mes fichiers un texte que j'ai écrit il y a quelques années, que j'avais intitulé « Girard, ce génie qui me gêne », destiné sans doute à rester confidentiel.

Il me semble que la lecture de mon essai, même sous sa forme résumée au n°3 d'ANTIGONE, pourrait combler quelques lacunes de ce texte court ["Les religions identitaires, au pôle négatif du sacré", dossier "Habiter le temps qui reste", à paraître prochainement dans Antigone N°3 NDLR].

L'une des réserves émises par Roland Ezquerra concerne l'identification des contradictions du moment, insuffisamment désignées du nom de capitalisme. Ce point est développé dans mon essai.

Une autre concerne le fait que le christianisme historique ne peut être exagérément opposé à l’Évangile. À ce propos, j'écrivais :

"Par la puissance de son empreinte sur l'imaginaire, le récit évangélique aura pu, en certaines circonstances de l'histoire, façonner des peuples et leur mentalité. Cette conviction, je crois, fut celle de l'écrivain Charles Péguy..."

Et plus loin, je prenais soin de ne pas exclure, "à tout moment de l'histoire chrétienne, de multiples tentatives de fondations et réformes destinées à instituer et structurer des pratiques sociales inspirées de l'Évangile."

Quant à ce capitalisme avancé qui produit simultanément richesse concentrée, insécurité sociale et sentiment de déclassement (pour reprendre les mots du commentaire), je suis bien placé pour en connaître les effets, car nous vivons dans un quartier populaire de la périphérie, où cette réalité agit en effet "comme un ferment puissant de désorientation politique". C'est pourquoi, j'en suis bien convaincu moi aussi, ni un seul personnage providentiel, ni une pensée unique providentielle, fût-ce celle de René Girard référencée à la Parole de la Providence divine elle-même, ne sauraient nous offrir la clé universelle du franchissement de l'abîme qui s'ouvre sous nos pieds, effet d'un effondrement en cours. C'est bien au croisement de toutes pensées structurées et structurantes qu'il s'agit de s'employer, car toutes les contributions constructives, dans la modestie, seront les bienvenues.

Philippe Maître

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