Cette nuit, une synagogue a été détruite à Téhéran par une frappe israélienne.
Et avec elle, ce n’est pas seulement un bâtiment qui a été touché, mais un symbole vivant du judaïsme diasporique, ce judaïsme qui, depuis des siècles, subsiste hors de toute souveraineté, dans la fidélité plutôt que dans la puissance.
Si l’on considère la responsabilité politique, cet acte engage directement Benjamin Netanyahu et les composantes les plus radicales de son gouvernement.
Il ne s’agit pas d’une interprétation psychologisante, mais d’une lecture des choix et de la logique politique : frapper un lieu de culte juif hors d’Israël produit un effet objectif qui dépasse la simple opération militaire.
Cette action introduit une hiérarchie implicite parmi les Juifs :
ceux inscrits dans le cadre étatique du sionisme contemporain sont pleinement protégés ; ceux qui vivent hors de ce cadre, en diaspora, dans des États considérés comme adverses, se trouvent exposés à une violence qui, dans les faits, les place dans une zone de vulnérabilité.
Autrement dit, le message implicite est clair : toutes les communautés juives ne sont pas égales au regard de la protection et de la légitimité que revendique cet État.
Et cette hiérarchisation constitue une fracture politique et symbolique grave, que nul discours officiel ne peut dissoudre.
C’est dans ce contexte qu’en France, une proposition de loi portée par Caroline Yadan entend assimiler l’antisionisme à l’antisémitisme.
Il faut le dire sans détour : une telle proposition est non seulement erronée, mais dangereuse.
Elle interdit une critique politique légitime et transforme une opposition à une idéologie d’État en délit moral.
Elle reproduit, à l’échelle juridique et symbolique, la même logique de fermeture et de hiérarchisation qui se manifeste dans les actes militaires.
Toute puissance qui se confond avec le Bien devient idolâtrique. Elle se prend pour Dieu et nie l’altérité, la division et la vérité.
Et toute idolâtrie, tôt ou tard, se retourne contre ce qu’elle prétend protéger.
Non, l’antisionisme n’est pas l’antisémitisme.
Non, critiquer un État ne signifie pas attaquer un peuple.
Non, refuser une idéologie politique ne revient pas à nier une tradition spirituelle.
Au contraire, il est parfois nécessaire, au nom de la fidélité au judaïsme diasporique, à son exil, sa transmission et sa parole, de dénoncer un projet étatique qui instrumentalise, hiérarchise et menace les communautés qu’il prétend protéger.
Ce qui doit être sauvé ne relève pas de la puissance, mais de la fidélité.
Non pas de l’identité fermée, mais de l’alliance vivante.
Non pas du contrôle, mais de la transmission et de la mémoire.
Et aucune bombe, aucune loi, aucune entreprise de confusion ne pourra jamais abolir cette exigence.
Roland Ezquerra

Très judicieuse réflexion.
L’idéologie qui guide la politique de l’Etat d’Israël et celle des Etats qui le soutiennent est toute entière contenue dans le cri « plus jamais ça ! » Tragiquement, elle conduit, elle nous conduit, à recommencer encore et toujours « ça » !
Et donc à une bombe israélienne sur une synagogue…