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Occident : Persistance et contradictions

30 mars 2026

L’Occident n’est pas devenu fou ; il est pris dans un moment où les instruments mêmes de sa domination produisent l’instabilité qu’ils prétendaient contenir. La succession d’erreurs apparentes relève d’une tension plus profonde : maintenir une position centrale dans un monde qui s’y soustrait tout en se pensant porteur d’une norme universelle. Comme l’analysait René Girard, la violence structurelle s’autojustifie dans la répétition et la sélection des boucs émissaires ; ici, ce sont des peuples entiers et des minorités religieuses qui subissent cette logique.

Cette dynamique se manifeste avec une clarté tragique dans l’agression du 28 février 2026 contre l’Iran. La guerre, entamée par des frappes ciblées et poursuivie par des escalades réciproques, illustre la perte de maîtrise de l’Occident : un conflit qui aurait dû être évité par la simple rationalité se transforme en cascade incontrôlable de violence et de désordre. Les dirigeants occidentaux, en s’engageant dans cette aventure, montrent qu’ils sont captifs d’un système qu’ils ne maîtrisent plus, où la fidélité à des logiques stratégiques l’emporte sur la cohérence morale ou juridique.

Dans ce cadre, le rôle d’Israël, soutenu politiquement et militairement par certains pays occidentaux, ne peut plus être compris comme une simple alliance stratégique. Les puissances qui se réclament du droit y participent dans des pratiques qui le violent systématiquement, exposant les populations civiles à une violence dont l’intensité et la récurrence imposent la réflexion sur le concept de GÉNOCIDE. Selon la Convention de 1948 et les analyses de la Cour pénale internationale, le génocide désigne des actes commis dans l’intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux. Les rapports récents d’Amnesty International et d’une commission indépendante du Conseil des droits de l’homme des Nations unies sur Gaza confirment que cette définition n’est pas abstraite, mais reflète une réalité documentée : violences massives, destruction ciblée et persécution de civils.

Parallèlement, des manifestations de violence ciblée se produisent dans les contextes urbains d’Israël :

Des vidéos diffusées en 2023 montrent des jeunes ultra‑orthodoxes crachant sur des pèlerins chrétiens dans la Vieille Ville de Jérusalem, notamment lors du chemin de croix de la Via Dolorosa, provoquant l’indignation de certains responsables religieux locaux.

Plusieurs enregistrements sur les réseaux illustrent des adolescents harcelant des missionnaires chrétiens, accompagnés d’injures et de gestes hostiles.

Depuis 2022, des groupes de jeunes haredim ont été filmés en train de cracher sur des religieuses ou des fidèles chrétiens dans différents secteurs de la vieille ville, phénomène dénoncé comme récurrent par le clergé local.

Ces témoignages ne concernent pas des statistiques globales, mais confirment l’existence d’un climat de harcèlement ciblé envers les chrétiens — climat qui s’ajoute à la violence généralisée du conflit israélo-palestinien et qui est largement minimisé ou ignoré par une partie de l’opinion occidentale.

Le Saint-Sépulcre, lieu emblématique du christianisme, reste un symbole de cette tension permanente. Sa fermeture prolongée traduit l’incapacité des autorités locales, nationales et internationales à garantir la sécurité réelle des lieux et des fidèles. Ces violences, physiques et symboliques, frappent les populations arabes chrétiennes et mettent à nu la sélectivité de l’indignation occidentale : ces morts et humiliations n’émeuvent ni la droite, ni l’extrême droite, ni les identitaires, prompts à invoquer leurs racines et leur “civilisation chrétienne”. Cette indifférence révèle qu’au-delà du discours, la solidarité proclamée reste profondément sélective.

Le rôle de figures politiques comme Donald Trump et l’alignement de certains États européens, notamment l’Allemagne, s’inscrivent dans cette dynamique. Ce n’est pas seulement un choix individuel : c’est l’activation d’un système où la fidélité stratégique prime sur la cohérence normative. Ce qui, ailleurs, serait dénoncé comme violation est ici toléré, justifié et intégré.

La violence cesse alors d’être un simple instrument pour devenir symptôme et langage : elle prétend restaurer un ordre que le système lui-même ne peut plus maintenir. Chaque geste censé stabiliser le pouvoir révèle son incapacité à contenir la contradiction. La répétition de ces gestes inscrit la violence dans une logique autojustifiée, performative et permanente, où l’exception devient la norme.

Les analogies historiques éclairent cette dynamique. Comme Crésus face à l’empire perse, les dirigeants avancent avec certitude au moment même où leurs actes les dépassent. Non par ignorance, mais parce que le cadre conceptuel dans lequel ils évoluent ne permet plus de percevoir les conséquences véritables de leurs actions. Le passé grec et romain n’est pas une prophétie : il est un miroir de la répétition structurelle, où l’assurance coexiste avec l’impuissance. L’analyse renforce cette perspective : la domination économique et militaire crée des logiques qui échappent même aux intérêts immédiats des classes dirigeantes.

Ce processus n’est ni moral ni accidentel : il est structurel et psychique. Les populations chrétiennes du Moyen-Orient sont frappées dans leur existence physique et symbolique, et leur situation met à nu la sélectivité de l’indignation occidentale. Le GÉNOCIDE, lorsqu’il est mentionné, ne relève pas seulement d’une hypothèse juridique : il désigne une violence massive, répétée et tolérée par des acteurs puissants.

L’Occident, pris dans cette mécanique, ne s’effondrera peut-être pas de manière spectaculaire. Il se décompose lentement : dissociation entre principes proclamés et pratiques effectives, entre loi et force, entre universel affiché et particulier imposé. Les dirigeants ne sont pas fous : ils sont captifs d’un système qui les dépasse et les reproduit.

La lecture philosophique et théologique permet de comprendre ce processus : elle montre comment un pouvoir peut se penser légitime tout en exerçant la violence, comment la répétition de ces gestes engendre un climat où la norme disparaît, et comment la foi et la justice sont détournées pour soutenir la domination. Le fragile équilibre entre puissance et humanité est rompu.

L’histoire insiste : elle ne se répète pas, mais elle révèle ce qui ne peut plus se maintenir sans exposer ses contradictions. Dans ce miroir, l’Occident est un empire qui continue à parler au nom de tous, alors même qu’il ne parvient plus à se justifier autrement que par sa propre persistance. La guerre contre l’Iran et le harcèlement des chrétiens en Israël et au Moyen-Orient constituent le fil rouge qui expose de façon flagrante l’aveuglement stratégique, l’escalade incontrôlée et la logique de violence que l’Occident impose à son propre récit de légitimité.

Roland Ezquerra

Illustration La Tour de Babel de Pieter Brueghel l'ancien.

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  • Comment (1)
  • Je suis d’accord avec votre description des évènements en cours.
    Mais vous dites que l’Occident n’est pas devenu fou.
    La thèse de la folie se défend aussi.
    A la manière de Nietzsche, l’Occident a choisi Dionysos plutôt que le Crucifié. Or un tel choix est une impasse intellectuelle et spirituelle. Et, incapable d’analyser sa propre erreur, il s’enfonce dans l’impasse, se persuadant contre l’évidence que le mur qui la ferme est une sortie à l’air libre. N’est-ce pas de la folie ?

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